
Les chants de marins de 1860 à nos jours
Cas de Sète et du bassin de Thau
Escale à Sète – mars 2026
En nous appuyant sur une documentation relativement récente, en particulier sur la fiche d’inscription du chant de marins à l’Inventaire national du Patrimoine culturel immatériel de la France, et en prenant en compte des éléments présentés lors des tables rondes préalables à Escale à Sète 2026 (Patrimoines en Escale 20 et 21 mai 2025), voici une histoire reconstituée de ce que pouvait être le chant de marins depuis la moitié du XIX° siècle à nos jours.
Histoire générale du chant de marins de 1860 à nos jours
Nous sommes dans les premiers jours d’avril 1865, sur le quai du port de Saint Valery en Caux (entre FECAMP et DIEPPE en Normandie). Le « Saint Louis », un bâtiment de 70 tonneaux, va partir pour une campagne de pêche à la morue sur les bancs de TERRE NEUVE. Cette campagne va durer jusqu’au 15 octobre. Le capitaine FERAY constitue son équipage. Il attend avec impatience sur le quai un gabier nommé PIERRE qui lui a été recommandé par BEBERT le tenancier de la taverne. Le gars sait chanter…

C’est un matelot comme les autres, qui participera à la manœuvre ; il est bâti pour cela. Il ne sera peut-être pas payé davantage, mais il aura certainement davantage de chance d’embarquer sur un bon bateau, car les capitaines ont besoin de ces chanteurs.
Il va entonner des chants qui rythmeront la manœuvre pour lever l’ancre, déhaler, monter les voiles, virer… Il faut encourager l’équipage, coordonner les gestes afin que l’effort soit mieux réparti et plus efficace. Pour chaque tâche, il existe des chants spécifiques. Généralement, une partie chantée en solo qui appelle une réponse des autres marins ou bien un refrain ou une partie du texte reprise par tous (on parle de « chants à répondre »).

A cette époque, le chant est à l’unisson (tout le monde chante le même air). Il existe une base de texte commune pour la partie collective, la partie du soliste peut être adaptée par le chanteur pour mettre en avant une spécificité du navire, de l’équipage ou bien une revendication … Le chant de marin c’est toujours un texte sur une musique.
Pendant la navigation, il peut exister de grands moments sans activité pour l’équipage. Les matelots se retrouvent alors sur le gaillard d’avant et le chanteur va profiter de ces moments pour des instants musicaux. Ce pourra être un chant nostalgique (la femme qui attend au port), l’histoire d’un moment glorieux comme dans « le 31 du mois d’Août ».
Dans certains cas, les matelots entament sur ces chansons une danse. Dans tous les cas, ce sont des moments privilégiés pour transmettre ces chants aux moussaillons, et aussi, pour leur apprendre à poser la voix : il fallait que le chant s’entende (au-delà du bruit de la mer et du vent), qu’il ne fatigue pas trop et qu’il ne coupe pas le souffle. Certainement ces moments étaient utiles pour apaiser les tensions (exprimer une revendication, prendre à la rigolade les manies d’un matelot ou du capitaine…). Nous imaginons que les membres de l’équipage ressentaient en chantant un apaisement : ces chants généraient certainement des moments de détente quand les voix s’harmonisaient (les choristes connaissent ces moments).
Le chanteur recruté sur ce bâtiment avait embarqué une guitare. C’était déjà à l’époque un instrument d’accompagnement des chants populaires et la fabrication en série en Espagne et en Italie faisait que le prix en était abordable.
Beaucoup de ces chants étaient en anglais (ou dans des variantes locales de l’anglais). Le phrasé anglo-saxon s’adapte bien à ces mélodies rythmées et les ondulations de la puissance sont une caractéristique de ces chants. Les adaptations du texte pouvaient être écrites dans une autre langue. Ici, Pierre utilisait certainement sa langue d’origine, le français.
Au retour ou en escale, les marins vont à la taverne et entonnent ces chants. Ainsi, ils revendiquent leur appartenance à une communauté des gens de mer ou même l’appartenance à une corporation ou à un bâtiment. Ce sont des chants identitaires.
Ce qui est raconté ici se déroulait sur tous les types d’embarcation : marine marchande et pêche. Sur les bâtiments militaires, l’apprentissage des chants était inscrit dans la formation des officiers et des matelots.
Il existe peu de traces écrites de cette tradition et des répertoires.
Au début du XX° siècle, la fin de l’utilisation professionnelle de la voile et l’industrialisation vont profondément modifier la physionomie et l’organisation des ports. Les chants de marins quittent les bateaux et les quais. Ils auraient dû disparaître mais ce ne sera pas le cas…
Notre chanteur, dans les années 1880, quitte son travail de matelot et cultive une certaine notoriété en interprétant dans les tavernes des chants repris par des habitués, pourtant souvent étrangers au monde de la mer. Ces chants, généralement de culture anglo-saxonne, s’enrichissent de voix complémentaires (par exemple, des bourdons chantés par des basses, un chant à la tierce pour des ténors…). Cette mise en polyphonie « spontanée » est toujours d’actualité aujourd’hui.
Les chœurs ainsi constitués intègrent des femmes, jusqu’alors peu présentes dans les chants marins à l’exception de chants relatant des histoires de marine (tristes souvent) et plutôt dans des contextes insulaires.

Les instruments d’accompagnement se diversifient. De façon générale, tous les instruments d’accompagnement vont être utilisés pour les chants de marins : harmonica, accordéon, bandonéon, violon, mandoline, harpe celtique, yukulélé, flûte, clarinette, hautbois, tambourin, guimbarde…
Les chants de culture régionale, comme les chants Corses, Occitans ou Basques vont développer des polyphonies souvent plus complexes. Ils sont accompagnés d’instruments locaux (hautbois languedocien, fifre et tambourin…).
Il existe, au début du XXe siècle des chants corporatistes et/ou régionaux (transmis également par voie orale) dans beaucoup de métiers et de régions. Peu à peu, ces chants disparaissent du fait d’une baisse de la pratique des langues régionales, de la mutation des métiers et d’une dégradation d’une image jugée passéiste (on préfère un tracteur à un « gai laboureur » qui parle patois). Le chant de marins est, dans ce mouvement d’extinction, une exception notoire. Voici quelques hypothèses pour expliquer le maintien de l’engouement de ce type de chant :
Dès les années 1930, le chant de marins fait l’objet de recueils écrits. Des groupes de musiciens s’emparent de ces mélodies (comme aujourd’hui le groupe TRI YANN actif depuis 1969). A cette époque, le chant de marins commence à faire l’objet de rédaction de carnets de chants et de transcription de partitions en polyphonie. Certains bâtiments de la marine marchande, des voiliers de formation, des écoles, la marine vont maintenir depuis cette période et jusqu’à aujourd’hui une transmission et une interprétation de chants traditionnels. On note aussi le rôle des scouts marins et des scouts de France qui transcrivent et transmettent des chants de marins dans leur répertoire. Dans cette mouvance, César JEOFFRAY fonde le mouvement « à cœur joie » qui participe encore aujourd’hui à la diffusion de la chanson de tradition marine en l’inscrivant comme un élément du chant choral ; le chœur « les marins d’Iroise » est actuellement une référence. Plus tard, des organismes davantage axés sur la préservation de la tradition vont réaliser des inventaires (le Chasse-marée, Sète en chansons…). Le musée de Cancale a installé un « cabestan pédagogique » pour l’initiation aux chants de marins.


En matière d’image populaire, le monde de la mer reste objet d’intérêt au-delà des gens de mer ou des ports. C’est un sujet traité abondamment dans la littérature ((Herman Melville, Moby- Dick ; Pierre Loti, pécheurs d’Islande) ) et dans la peinture (les marines ont toujours la côte). Des marques françaises de vêtements (comme Saint James en Normandie et Cotten en Bretagne) réalisent des vêtements de marins réputés indémodables.
Le répertoire des chants est renouvelé en permanence. Ce peut être une réinterprétation par un chanteur connu de chants traditionnels : Hugues AUFRAY chante « Santiano » en 1961, « le port de Tacoma » en 1968, Graeme ALLWRIGHT interprète « La mer est immense » en 1966. Dans d’autres cas, il s’agît de créations originales : « la mer » de Charles TRENET en 1946, « Amsterdam » de Jacques BREL en 1964, « les copains d’abord » de Georges BRASSENS en 1964, « Emmenez-moi » de Charles AZNAVOUR en 1967, « Dès que le vent soufflera » de RENAUD en 1980, « Marin » de Bernard LAVILIERS en 2009…
En descendant des bateaux et en quittant les quais de marchandise ou de pêche, de moins en moins accessibles au public, la pratique du chant de marins se déplace vers les salles de spectacles. L’apogée de cette mutation se situe à la fin des années 1980 à l’occasion des rassemblements de vieux gréements (Douarneney est créé en 1986, Brest en 1992, Sète en 2010, Bordeaux en 2013, Lorient en 2022…), et surtout quand les premiers festivals de chants de marins se mettent en place (Paimpol en 1989).

Plus récemment, la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux (Tiktok, YouTube…) va être un formidable levier de diffusion. La période COVID va se révéler un véritable accélérateur de ce phénomène : les réseaux sociaux sont une manière de rompre l’isolement. Les gens ont du temps pour préparer des vidéos. L’offre augmente et se diversifie. C’est aussi à cette époque que s’invente l’interprétation en « mosaïque» qui permet à des personnes isolées physiquement de participer à une interprétation collective. Une consultation de l’interprétation de « Santiano » par les Marins d’Iroise permet de constater que cette vidéo a été vue 26 millions de fois, a reçu 179 000 likes et que ce chœur a 40 800 abonnés sur ce média.
Le Chant de Marins reste donc particulièrement vivant, et pour conforter cette affirmation nous nous permetons de relever deux éléments qui, à notre avis, participent de son rayonnement. En novembre 2020, François MOREL lance son spectacle intitulé « tous les marins sont des chanteurs ». Il y ressuscite la mémoire de Yves Marie LE GUILVINEC disparu en mer en 1900, prétexte à un spectacle entier, à un CD et à un livre de bibliothèque. La réalité du personnage et de ses œuvres reste de la responsabilité de l’auteur de ce spectacle.

Nous vous indiquons aussi le projet pédagogique, artistique, citoyen et solidaire (sic) « les Enfantastiques ». Un répertoire avec des chants adaptés aux enfants des écoles primaires, présenté en vidéo (70 millions de vues sur YouTube) avec des aides à l’accompagnement choral et musical (pas à pas) et des fiches techniques pour les enseignants. Ce projet a maintenant vingt ans et le chant de marins y est présent notamment par la chanson « le vent dans les voiles » permettant à des enfants en France, Belgique, Suisse et au Quebec de découvrir le monde de la voile et son vocabulaire.

C’est donc logiquement que le 10 septembre 2024 « le chant de marins » a été inclus à l’Inventaire national du Patrimoine culturel immatériel de la France, qui répertorie « des pratiques vivantes grâce à l’aide de communautés, de groupes et d’individus », dans le cadre de la convention de l’Unesco sur le sujet. Les domaines de classification (grille UNESCO) retenus sont donc logiquement :
– les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel,
– les arts du spectacle,
– les pratiques sociales, rituels et événements festifs.
Ce processus de patrimonialisation reconnaît une tradition ancienne et vivante et encourage les débats sur l’évolution de cette tradition (Qui chante et quoi ? Quels chants accepter ? Dans quelle langue ? Dans quelles interprétations ? Pour quels usages ?…), débats qui ne peuvent qu’aider au maintien et surtout à une transmission pertinente de ce patrimoine.
Les 97 réponses au questionnaire préparatoire à la rédaction de cette fiche (en 2022), représentent 66 formations ou/et associations : 49 % des pratiquants vivent en Bretagne administrative, 13,25 % en Pays de la Loire et également 13.25 % en Normandie ; 6 % des pratiquants habitent en Île-de-France, 5 % dans le Nord-Pas-de-Calais, 8 % dans d’autres régions. 67 % des pratiquants actuels sont des retraités de plus de 60 ans, et 89 % sont des hommes. Si certains sont d’anciens marins, la plupart n’ont pas de lien avec les milieux professionnels maritimes.
Lors des tables rondes préalables à Escale à Sète 2026 (Patrimoines en Escale 20 et 21 mai 2025), il était noté que, si en Bretagne, le « chant de marins » est un ensemble cohérent et indépendant, il n’en est pas de même sur le littoral méditerranéen ou dans le cas de tradition insulaire (Corse) où la partie « marine » des chants traditionnels est incluse dans des répertoires aux thèmes plus larges. C’est le cas de Sète et du bassin de Thau.
Le chant traditionnel à Sète et sur le bassin de Thau
Sète est une ville récente : le Roi, Louis XIV déclare sa naissance en 1673 et le port sera achevé en 1683. Ce port, tout à la fois abri pour les navires marchands et militaires navigant dans le golfe du Lion est aussi un port de marchandises pour les produits acheminés par le canal Royal du Languedoc (canal du Midi aujourd’hui, achevé en 1681).
Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que le port devient un port de pêche en mer, essentiellement par des bateaux affrétés par des migrants italiens.
Jusqu’à cette époque, la pêche sur l’étang de Thau suffit à l’alimentation d’une population encore peu nombreuse. L’extension de l’activité marchande, notamment le commerce du vin, va entraîner une forte augmentation de la population et par le fait une demande en poisson. Les navires de pêche trouvent à Sète, et en particulier dans le Quartier Haut, une population ouvrière, également italienne, venue pour la construction et les agrandissements de la ville et du port.
Il n’existe pas, comme en Bretagne, une population stable de marins engagés dans des campagnes de pêche de plusieurs mois. C’est essentiellement autour des joutes que la culture traditionnelle de Sète et du bassin de Thau va s’établir (en 1666) et se développer.

Il s’agit d’un combat « chevaleresque » entre deux jouteurs se défiant sur une tintaine (sorte d’échelle fixée en porte à faux sur l’arrière d’une barque). Les jouteurs viennent de l’ensemble des agglomérations autour du bassin de Thau (et un peu au delà : Palavas).
Outre les « jouteurs », sont mobilisés des rameurs, des patrons de barque, des arbitres, des musiciens… Cette tradition implique en amont la fabrication des barques, des rames, des pavois, des lances… les élus, les associations, les entraîneurs et les mamans qui font que leurs hommes, leurs fils et de plus en plus souvent leurs filles, se présentent avec des tenues blanches impeccables. Il est évident que cette tradition, notamment dans l’implication des jeunes et des enfants, est un vecteur revendiqué de « valeurs chevaleresques ». C’est donc une culture au sens noble du terme.
Un responsable de cette activité, lors des tables rondes « patrimoine en Escale » (mai 2025) exprimait les enjeux de cette tradition qui pourrait avoir par l’arrivée de sponsors, la tentation d’être reconnue comme activité sportive stricte, avec l’établissement de normes pas forcement adaptées. Dans ces enjeux se pose la question du maintien d’une présence musicale traditionnelle (hautbois – tambour) et de groupes de musiciens organisés en « bandas » avec un répertoire plus actuel et un volume sonore important. Vu de l’extérieur, il semble que l’équilibre est pour le moment maintenu.
En ce qui concerne la musique, elle est présente par les ensembles de hautbois languedociens et tambours qui accompagnent les joutes lors du défilé depuis le siège des associations, puis pour le défilé général (la descente de la bourse), le salut des barques, le soutien aux rameurs, le défilé final et par des improvisations remarquées lors de la 3° mi-temps. Elle est aussi présente par les bandas. Le présentateur, pour les grandes occasions, ne manque pas, pendant un temps mort, de pousser la chansonnette. Les 3° mi-temps permettent à des personnalités locales de lancer des « galéjades », en des termes osés ou moqueurs, généralement sur un air connu.



Sète est un port très vivant et la musique y est présente peut-être un peu plus qu’ailleurs (pas de données chiffrées mais une forte conviction de l’auteur). Le conservatoire Manitas de Plata entretient l’apprentissage des instruments régionaux (notamment du hautbois languedocien) et participe activement à l’accompagnement des groupes vocaux et au maintien de chants traditionnels. Les grandes manifestations et notamment Escale à Sète font une large place aux chants de marins et aux chants régionaux. Jean Michel LHUBAC en 2022 a recensé les chansons de Sète et du Bassin de Thau (120 titres) dans un ouvrage intitulé « Sète en Chansons ». Ce recueil a été une base de travail pour l’ensemble des groupes ou associations du secteur. Il a alimenté la demande d’inscription du chant de marins à la liste du patrimoine immatériel culture du patrimoine en France.
Voici quelques chants emblématiques de cette région, largement repris par l’ensemble des groupes musicaux.
Hymne de Sète : « la fiesta de l’Issanka » . L’Issanka est le nom d’un parc (sur la commune de Poussan) dans lequel une source approvisionne Sète en eau potable. Auparavant cette source alimentait Balaruc en eau thermale via un aqueduc romain. Ce parc a été longtemps utilisé par les ouvriers de Sète et des environs pour des pique-niques dominicaux sur l’herbe. Les fêtes du Parti Communiste y étaient célèbres. Michel PINO, en 1888, écrit une chanson (chagrin, chagrin faï ta mala…) sur un air emprunté à Désiré SERVEL, professeur au conservatoire de Sète.
Hymne du Languedoc : « Se canto », attribué à Gaston FEBUS. Un chant un peu « fleur bleue », souvent interprété par des hommes ou des chœurs d’hommes. L’interprétation la plus connue, et peut-être la plus virile, est certainement celle de Jean LASSALLE à l’Assemblée Nationale en mars 2017.
Hymne des pays d’Oc : La Coupo Santo. Cette chanson a été écrite par Frédéric MISTRAL en 1867, pour mémoriser le don par les Catalans d’une Coupe aux Provençaux en remerciement de l’accueil fait à un félibre catalan (Victor Balaguer) exilé politique par la reine d’Espagne Isabelle II. Il se veut un hymne « national » pour les populations parlant Occitan et un chant en hommage à l’union des Catalans et des Occitans. Il est au répertoire de toutes les organisations revendiquant un lien régionaliste sur la côte méditerranéenne. Traditionnellement, les personnes se lèvent au 3° couplet (invitant à communier avec nos frères Catalans…) sauf dans les manifestations taurines où le public se lève dès les premières notes… Ce chant ne s’applaudit pas !

Le dernier chantier naval traditionnel de Sète, à la Plagette (au bord de l’étang), s’est aussi mis à chanter… L’association des Voiles Latines de Sète et du Bassin de Thau a mis en place une activité chants de marins, au départ comme élément de promotion lors des rassemblements de vieux gréements. En s’imprégnant des évolutions présentées dans ce document, les bénévoles de cette association se retrouvent régulièrement pour entonner des chants de marins traditionnels, des chants typiques du Bassin de Thau et des chants traitant directement des bateaux ou de la pêche sur l’étang. Ces chants peuvent être des interprétations de chants connus comme « pique la baleine» qui devient sous la plume de Jacques Molinari « pêche la dorade, le loup, le mulet, sur l’étang de Thau pose tes capéchades… ». Sur un texte de Bernard Vigne, « l’esperança » décrit une barque traditionnelle de pèche. « Le Loud », un bateau Tunisien a inspiré à Antoine Formosa (ancien pécheur) une chanson toute en finesse et en poésie. Plutôt qu’un spectacle, ce groupe veut faire partager le plaisir de chanter à l’ensemble des bénévoles du chantier ainsi qu’au public.


En guise de conclusion…
Le « maître chanteur » du chantier de la Plagette, qui se prénomme Pierre (comme le matelot chanteur qui embarque sur le Saint Louis en avril 1865, quelle coïncidence !) anime un chant que Pierre, le matelot chanteur, devait avoir entendu lors d’une escale : « Soon may the Wellerman come », plus souvent appelé « The Wellerman , du nom des bateaux des frères Weller qui approvisionnaient les baleiniers en mer en sucre, thé, rhum…). On trouve trace de ce chant vers 1860 en Nouvelle Zélande. Il est peu probable que ce soit un chant de travail, mais plutôt un chant de gaillard d’avant et peut-être un chant à danser sur le pont ou dans les tavernes.
Ce chant connaît un succès planétaire et beaucoup d’articles ont tenté de percer le secret de ce chant. Voici quelques explications glanées sur la toile :
– Sur un plan mélodique et rythmique, il répond aux règles de base enseignées dans les conservatoires dans les cours sur la composition musicale,
– Les paroles font alterner dans les couplets la dure vie des matelots (en mode mineur) avec un refrain qui insiste sur l’arrivée prochaine du ravitaillement (notamment le rhum) et le retour proche au port (en mode majeur),
– Le texte évoque un type de pêche que tout le monde connaît : la pêche à la baleine a été largement illustrée et décrite (Moby-Dick),
– La mélodie et le rythme peuvent être joués dans toutes les configurations instrumentales et vocales,
– La diffusion sur les réseaux sociaux, notamment pendant la période COVID, a permis à beaucoup de sortir de l’isolement (chant en mosaïque) et de prendre le large, surtout si on disposait d’une vareuse et d’une paire de bottes pour aller sur le balcon.Bien sûr au répertoire des chants du chantier naval, Pierre l’a aussi fait chanter à une chorale d’aînés (Ruramusique à Rougemont) ainsi qu’à un chœur d’enfants du primaire.

